"La poésie se transmet par les poètes depuis la nuit des temps d'abord à l'oral, ensuite imprimée sur papier, et maintenant, elle se transmet par les ondes sur un support numérique. Faut-il ajouter que la poésie a retrouvé ses lettres de noblesse par Internet en très peu de temps ? Le temps de prendre le temps de la découvrir et de la lire comme une parole partagée en libre accès sur le Net."
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Huguette Bertrand, écrivaine et poète québécoise est née à Sherbrooke au Québec.
Après avoir œuvré et circulé durant douze ans sur la voie traditionnelle dans le milieu de la poésie au Québec, Huguette Bertrand a fait un virage technologique en 1996 en n'utilisant plus que l'Internet pour la création et la diffusion de ses ouvrages de poésie qui se sont accumulés depuis sur son site « Espace Poétique ».
Au fil de leur création depuis 1997, tous ses ouvrages de poésie en version numérique ont été déposés dans la collection électronique de Bibliothèque et Archives Canada, [1] dont la version imprimée de chacun de ses 17 ouvrages de poésie figurent également au répertoire Canadiana ainsi qu'au répertoire de la Bibliothèque nationale du Québec.
De plus, douze de ses ouvrages sont également accessibles gratuitement dans leur intégralité en version .txt et html dans la bibliothèque virtuelle « Project Gutenberg » USA. Ces mêmes ouvrages ont été récupérés et accessibles pour aveugles en version BRF et Daisy sur Bookshare, ainsi qu'en format Pdf dans la bibliothèque virtuelle Bookyards.
Dans « Doing Gender - Franco-Canadian Women Writers of the 1990s », Fairleigh Dickinson University Press, Madison, N.J., USA, octobre 2001, 396 p., on la présente sous « Huguette Bertrand : "Internaute" - Pioneer Poet ». En parcourant le site officiel de l'auteure, on pourra constater que l'Internet fut pour celle-ci la voie royale pour la poésie qu'elle présente dans un espace d'échange avec autrui qui rime avec gratuit !
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L'écriture est au centre, comme une vie essentielle, obstinée. Écrire place la poète dans une relation au monde qui se dégage de l'anecdote et se fait construction même de ce monde.
Créatrice, elle est donc en poésie ce que le sens est à la langue : un cœur. Les images sont les truchements de la pensée, on les suit pied à pied jusqu'à la révélation de l'être qui nous ressemble en son humanité. Pourquoi, autrement, me montrerai-je si enthousiaste ?
Je suis partiale ? Ce n'est pas un mal. Car il n'y a pas qu'une relation au monde, dans la poésie de Huguette Bertrand. Il y a aussi des idées, une recherche formelle, esthétique. Tout cela me retient. Il y a une aspiration à la liberté, au respect. Il y a du désespoir devant l'impossible dialogue, devant la surdité de l'Autre, le silence des autres, l'indifférence. Il y a toutes ces choses qui nous ancrent ici et maintenant dans tout ce que ça a de difficile, souvent."
Leïla Zhour, extrait de "Huguette Bertrand et l'espace poétique : la place de l'essentiel"
Source:
http://ecrits-vains.com/projecteurs/huguette_bertrand.htm
BIBLIOGRAPHIE: Espace perdu, Éditions Naaman, 1985 Par la peau du cri, Écrits des Forges, 1988 Anatomie du mouvement, Éditions En Marge, 1991 La mort amoureuse, Éditions En Marge, 1993 Silence en Otage, Éditions En Marge, 1993 Rouge mémoire, Éditions En Marge, 1995 Jusqu'à l'extrême regard, Éditions En Marge, 1997 Les visages du Temps, Éditions En Marge, octobre 1999 Entre la chair et l'âme, Éditions En Marge, mars 2000 Strates amoureuses, Éditions En Marge, mars 2000 Mots rouge espoir, Éditions En Marge, mars 2000 Ascension du désir, Éditions En Marge, octobre 2000 Dans le fondu des mots, Éditions En Marge, mars 2001 Entre l'ombre et la lumière, Éditions En Marge, septembre 2001 Sculptures et Poésie, (Bertrand/Bigata/Gautier), Éditions En Marge, octobre 2001 L’Inédite, poésie, Anarchipel, poésie, Poésie 1999-2005, Éditions En Marge, La poésie se mange crue, Éditions en Marges.
Tous les livres de l'auteure accessibles accessibles sur :
-
http://www.espacepoetique.com/Lecture/tournee.html
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Et si le doigt appuyait sur le désir
les espaces numériques pourraient rejoindre le rêve
pour assouplir les gestes conciliables"
Huguette Bertrand
In "
La poésie se mange crue", 2010
Sur la voie commerciale de l'édition, il y a beaucoup d'appelés et peu d'élus. La technologie Internet étant à ma disposition, je l'ai exploitée et j'ai bien vu que ce média était le moyen le plus approprié pour la diffusion et la découverte de la poésie.
Depuis l'accessibilité à l'Internet, nous avons maintenant deux voies de diffusion pour la poésie : l'une commerciale, l'autre gratuite. Sur la voie commerciale, les poètes reçoivent très peu de dividendes et sont peu lus, même les plus connus, tandis que sur le Web les poètes ne reçoivent aucun dividende mais peuvent être découverts et lus autour du globe.
L'édition sur Internet permet aussi des échanges avec des lectrices et lecteurs qui arrivent par courriel des quatre coins de la planète, ce qui crée des interactions enrichissantes qui en viennent à stimuler la création.
La poésie se transmet par les poètes depuis la nuit des temps d'abord à l'oral, ensuite imprimée sur papier, et maintenant, elle se transmet par les ondes sur un support numérique.
Loin de dénigrer le livre, car tous mes recueils sont édités en livre dès que chacun est complété sur mon site web, je considère que les deux voies éditoriales peuvent cohabiter et même se soutenir l'une l'autre à une condition : Qu'on cesse d'avoir peur à ses droits d'auteur. Qui risque rien n'a rien et j'ajoute que c'est petit à petit que l'oiseau fait son nid dans le gratuit tout nu tout lu !
Huguette Bertrand
CHOIX de POÈMES:
AU BOUT DU CRI
Au bout du cri
ce bruissement des fièvres
dans ma chambre aménagée de grenailles
et coupes anciennes
la tournée des siècles
le sang indigène des vieux morts abandonnés
la passion malmenée par une nuitée de pas
l'oeil au-dessus des villes brûlantes
le mouvement graffitique
* * *
Très haut
surgit une écriture difforme
le nerf couve les mots insolites
éruption de l'ivresse
au creux du poing solaire
la foudre vaincue
au visage de l'interdit
l'illusion en désordre
la fougue poursuit les pas de l'émue
vers le soir enragé
* * *
Jusqu'à la démesure
cette marche neuve
comme un ventre vide
invite l'inattendu
aux bras d'une saison
ployé au souffle
d'une flamme imprudente
la mot grince
sur le siège d'un doute
l'éclosion du verbe
dans la souillure des encres
* * *
À quoi sert
rapprocher des mots
d'ambiance discrète
telle lenteur de pluie fine
d'un épouvantable cri
ce geste tend à mourir
près d'une folie d'automne
* * *
Aux tendons de l'image
la lumière s'accomplit
confond la fleur et le roseau
le trait d'herbe
et la danse de l'arbre
la puissance de l'eau
et le chant des mutins
l'urgence du cri
l'inquiétude des murs
pour la fuite gelée dans un fruit
l'étrangeté murmure des mortels à profusion
au musée de temps chauve
* * *
Sur l'eau du chagrin
les imperfections ont une envie de voyage
dans l'esprit du texte
longtemps
le suc de la blessure
du genre royal
ce quelque chose d'yeux maladifs
l'impression d'un navire à la dérive
sous les pieds des chimères
les sottises
l'imposture
près d'un lampadaire
jouent du tombeau
* * *
Du déhanchement de la mer
déferle une étreinte
sur la grève
enroulée
trempée à l'os
la chair délinquante parle de douceur
le fer
vif sur l'éclair
conserve l'objet du soir achevé
perpétuellement remuée
la voilure aux paupières s'empourpre
et le phare savoure
le velours de l'oeil chaud
son teint de sel
le jet noir
la mer s'épuise
* * *
Au coeur d'une lampe
rampe la froidure
et son reflet inspire le temps au vague
la vie retire les pulsations opaques
aux pores de la pensée
attise le jour défait
en miettes de temps
pour l'oiseau affamé
la lampe en émeute
frissonne dans le creuset des nuits
ses ailes
rouillées au chant de chair
* * *
Faut-il brûler nos amants
en étincelles
sur nos mains pâles
comme des encens sur d'étranges pierres
ce rituel secret
d'un trait m'entraîne
vers de grandes chambres usées de cris mâles
et mes idoles du bout de l'onde
gisent étonnées
dans la sève du jour
* * *
Place du retour
un sourire secoue ses hanches
au bord d'une larme immense
électrise les neurones
les hormones
au bout d'un cri efficace
le feu brûle bleu
secoue la cage grise
crève la chaleur
et ça recommence
la chanson
la semence
la noirceur plein les bras
à l'ombre d'un pommier
In "PAR LAPEAU DU CRI"
Écrits des Forges, Trois-Rivières (Québec) Canada
coll. ROUGES-GORGES, no 58
Dépôt légal / Deuxième trimestre 1988
CYCLES AMOUREUX
Sous les crocs du soir
les ventres amoureux
profanent
le corps dépecé du silence
ils palpent l'attente
jusqu'aux heures affolantes
du respir
derrière le tableau
les battements de la forme
taire l'inconnu
cet échappé de la main
ça meurt toujours
à l'opposé d'un écho
quand le coeur s'enfonce dans l'absence
sous les orages de silences
et le tue-mouches
le temps se rupture
et le corps vole en éclats
sa respiration sous les arbres
comme un objet sans repos
devenu végétal
assises sur le monde
les amours lentes
greffées à nos tempes
s'éloignent comme des vierges ensemencées
vers le chaud mélange du ciel
entre l'extase
et son reflet
condamnées
elles s'offrent jusqu'aux larmes
des cinémas
puis vint le délire
puis la mort
restituée
une dernière fois dans l'haleine
comme un tout rassemblé
promise au désert
la vie génitale
commande des toasts
et du café
se noie dans toutes les directions
en laissant tomber ses fruits
mais au pied du lit
il y a des novembres
abandonnés à la pluie
l'alchimie d'une chanson
bleu-or
et la porte de la mémoire
toujours fermée
quand c'est nécessaire
cet effeuillage discret de l'automne
s'achèvera
dès que la paume
aura tué le frisson
sur la peau ornementale des filles
qui grignotent la passion
dans l'instantané des amants
soûls
leurs hanches
gravées dans le calcaire
aux mille glissements de coeur
éclatés dans l'oeuf
le corps baisé
en saumure poétique
se fane vite et ras
dans le remous des défroques
et du lancer léger
sans sourciller
le midi mange-tout annonce des mots
des nymphes
et des moustiques
pour les cas d'après-midi
comme si les oreillers étaient en manque
sur les draps propres
des amours empesées
enroulée dans le miel triste
et la plume d'oie
la peau chic
hume les bières d'espèces
en poursuivant les fossoyeurs
jusqu'au dix-huitième trou
ce dernier cratère amoureux
de la chair embrasse
à coups d'épée dans la poussière
le cri neuf
définitif
malgré ce discours
cet espace blanc
et tout ce remplissage du silence
qu'on verse sur le père
la mère les enfants
il y a mémère dans la dramaturgie
ordonnée
multipliée par l'espace-temps
on la retrouve en double
en triple
en quadrimoteur
sur les ailes du langage
elle flotte
sur la masse totale du poème
étriquée
devant cette affiche en folie
il a failli faire noir
mais de parole en parole
on s'est trompé de rue
puis on a marché sur des trous
mous
en faisant claquer nos doigts
dans l'oreille des sourds
le bec en cul d'poule
on retourne au salon
l'instant d'une révolte
conservée dans la bienséance
à télé-Douceur
passe-moi le beurre
du bonheur des morts apaisés
et le popcorn
viens
on va faire la moue ensemble
dans un coin d'ombre
et puis on se promènera
dans la moiteur des yeux
sans personne pour nous moucher
on investira le pont d'argile
et on tassera nos vieilles peurs
dans le courant de l'année
sans interrompre
les pigeons dans les beaux draps
de soie
pour le plaisir des mains
et le désir encore
il n'y a rien d'inquiétant
quand la chambre est assoupie
et que ses effluves aspergent
les corps endormis
le chatoiement de la brise sur la peau
grise les spasmes
et la dentelle des rideaux
comme un vieux fantôme rabougri
le songe
songe
il rafle le sommeil
et tout recommence
de mémoire distraite
on redessine le corps
qu'on range dans l'armoire
sous une pile de secrets
rapiécés
que le temps renifle
en l'absence du poids des lettres
et des mots cachés
il ne reste plus qu'à disparaître
dans les noirceurs
et les idées
puis à éteindre ce poème
dans le cendrier
In "Anatomie du mouvement"
© Éditions En Marge et Huguette Bertrand
Bibliothèque nationale du Québec
Bibliothèque nationale du Canada
SYNCHRONISME
Les nuits sont rouges
comme une masse de soleil fondu
paresseusement
le lit dévore les multiples visages
de satin rose
que le jour a saccagés
le flot des corps s'épuise
sur le sable fin
des nuits endormies
la lumière secoue ses ailes
et nous nous réveillons tous
en même temps
* * *
HASARD
Le ciel
chargé de blessures
a suivi la trace de nos silences
sans mesurer l'immensité de l'oeil
qui le regardait
sur le banc du quotidien
les dés jouent au hasard
et demain n'aura pas lieu
* * *
ESPOIRS DÉMODÉS
Déroulez le tapis vert quand j'espère
que vous serez au rendez-vous
des musiques
des prières
et de l'amour en masse
pour la nouvelle année qui s'achève
dans la désinvolture des guerres
des bric-à-brac
et des j'en passe par-dessus la tête des voeux
présentés l'année dernière
lors d'un cocktail Molotov
et ses petits fours
crématoires
servis à l'ancienne
comme un malheur qui marche à pas feutrés
devant les gares de la pitié
et les files d'attente
les ruines se vengent
In "ROUGE MÉMOIRE"
Écrits des Forges, Trois-Rivières (Québec) Canada
coll. ROUGES-GORGES, no 58
Dépôt légal / Deuxième trimestre 1988
VOIX, poème traduit et paru sur la page culturelle dédiée à "
la poésie contre la guerre", du journal
«
AN-NAHAR », Liban, 4 mars 2003 -
http:/www.annahar.com.lb/
En hommage à l'Égypte en devenir, et tous les autres à venir...
V O I X

V O I X
Quand le monde s'endort
j'ai mal à mes pareils
à leurs amours échevelées
au milieu de leurs affaires
leurs pieds bien engagés
dans une mare juridique
j'ai mal à leurs valises
autour du globe
ces habitués des solitudes
leurs fuites au noir
dans le jaune de l'histoire
ces verts-de-gris qui jasent
dans le blanc des jours
j'ai mal au pouvoir éhonté de leurs mains
quand tout se passe
comme si de rien n'était
j'ai mal oui j'ai mal
quand la nuit poursuit ses enfants trop sales
cachés dans le ventre des villes
leur table dépourvue de sens
oui j'ai mal à leurs seringues
aux vendanges trouées de leurs bras
spécimens des téléthons
petites monnaies
quand j'enrage
j'ai mal oui j'ai mal
quand sonnent les bourdons
du corps évidé des églises
j'ai mal aussi oui j'ai mal à vos absences
j'ai mal à mon désir
quand la pluie me pousse
vers les abîmes de mon corps
suspendu aux vôtres
j'ai mal à vos silences
ces intervalles prolongés entre vos mots
ces silences comme un souffle
qui perdure à l'entrée de mon âme
débordée par ce feu toujours lancinant
accompagnement de l'être
quand tout veut basculer
dans le néant
j'ai mal à ce qui remplit
le coeur de mes pareils
comme une voix qui monte
pour dire
j'ai mal
Huguette Bertrand - 1996 (Canada)