mardi 24 janvier 2012

Délire amoureux / Delirio amoroso







    Grâce à la traduction de Patricia Dao, nous pouvons enfin proposer au lecteur français l’édition bilingue de l’un des textes les plus passionnants d’Alda Merini intitulé Delirio amoroso (Délire amoureux). Cet ouvrage a été publié en Italie en 1989 et il a connu plusieurs éditions. Influencé de manière évidente par l’expérience poétique précédente de l’auteur, ce texte en prose s’inscrit sur les plans thématique et formel dans l’ensemble des ouvrages que Merini rédige après l’expérience de l’asile psychiatrique, dont nous rappelons L’altra verità. Diario di una diversa (1986) et La pazza della porta accanto (1995). Il s’agit de trois textes qui, se situant entre l’autobiographie et la fiction, reviennent tout particulièrement sur la notion de ‘folie’ qui ne se limite à aucune définition conventionnelle ni médicale.

Dans Délire amoureux, la biographie et la fiction se côtoient sans arrêt tout au long de la narration, dans l’effort à la fois cruel et honnête de faire exprimer une douleur capable de forger une écriture en même temps violente, onirique et ironique qui transforme la corruptibilité humaine en un discours incorruptible et, nous dirions, sacré par lequel Merini semble lancer un défi ultime à tout jugement, à toute normalisation, à toute tentative de priver l’homme de sa raison, de son corps, de ses rêves, de son innocence : « Comme je l’ai déjà dit dans ‘Diario’, ce que j’écris ici n’est ni vrai ni vraisemblable, parce que je raconte l’horreur de façon idyllique. Peut-être un jour écrirai-je le vrai journal intime, fait de pensées atroces, de monstruosités et d’envie anormale de se tuer. Le vrai journal est dans ma conscience et c’est une pierre tombale triste, une parmi les pierres tombales qui ont enseveli ma vie. »


    Flaviano Pisanelli,
    (extrait de "Le Feu de la folie: Délire amoureux d'Alda Merini" _ Préface)


Avec ‘Delirio amoroso’ Alda Merini décrit précisément
cette ‘folie d’amour’ qui lui valut de sortir des ornières
de la pensée admise
.”
        André Chenet



Deux ans après Dopo tutto anche tu, Les éditions Oxybia poursuivent un hommage à la poète milanaise avec l’édition bilingue de Délire amoureux/Delirio amoroso, lumineusement traduit par Patricia Dao, passionnément préfacé par Flaviano Pisanelli, ce bel ensemble rejoint par une quatrième de couverture du poète et passeur André Chenet.
 
Comme le précise F. Pisanelli, à chaque recueil de Merini, la notion même de « folie » « ne se limite à aucune définition conventionnelle ni médicale ».[8] C’est dans l’Italie du Sud (Milan, Taranto) que Merini fera l’expérience de l’incarcération psychiatrique :

« Elle ne cesse de vouloir comprendre les raisons de l’univers déshumanisé et déshumanisant de l’asile psychiatrique. Cette attitude de révolte et de résistance amène l’écrivain à défendre son rôle d’individu et de femme : elle continue à vivre sa condition d’épouse et de mère, en essayant de ne jamais perdre le contact avec la réalité qui semble toutefois s’arrêter au-delà des barreaux des fenêtres de sa chambre et de son lit de contention, des électrochocs et  de la stérilisation qu’elle subit et qui privent l’individu de son identité et de sa dignité ».
[p. 14]

   « Dans Délire amoureux… la folie s’exprime tout d’abord comme une force ‘dissidente’ ».
   [p. 16]


    Nathalie Riera
    (Extrait de sa présentation dans Les Carnets d'Eucharis)


        Avec “Délire amoureux / Delirio amoroso” (bilingue), Oxybia inaugure sa nouvelle collection “Debout poète, debout” qui a l’ambition de promouvoir une écriture dans le mouvement même de la vie, dans cette verticalité qui permet à chacun d’embrasser tous les horizons.
Dans “Délire amoureux”, Alda Merini croise la femme, la mère, l’enfant, l’épouse, l’amante, la folie, mais aussi la fatalité, la cruauté, l’injustice et la beauté, avec une dextérité qui renvoie le lecteur à lui-même et qui revendique avec force le droit à être “divers”, à s’aventurer dans des directions opposées en acceptant avec humilité l’être pluriel, cruel, sauvage, et pourtant incroyablement beau, innocent et pétri d’amour.


Alda Merini



Deux passages extraits de Délire Amoureux:



Ça fait maintenant deux ans que je suis malade, exactement deux ans, et c’est moi qui l’ai voulu. Encore une fois j’ai fermé le lourd temple de ma vie. J’ai reculé en me plongeant dans un indéchiffrable inconscient. L’inconscient est riche comme le fond des mers, plein de coraux et d’éponges, de sirènes et de personnages de rêves. Plein de fleurs carnivores. J’habite ici depuis deux ans comme quand j’étais à l’asile psychiatrique. L’asile psychiatrique est une grande caisse de résonance où le délire devient écho. J’ai vécu en asile psychiatrique parfois volontairement. D’autres fois sans le savoir.
Comme je l’ai déjà dit dans “Diario”, ce que j’écris ici n’est ni vrai ni vraisemblable, parce que je raconte l’horreur de façon idyllique. Peut-être un jour écrirai-je le vrai journal intime, fait de pensées atroces, de monstruosité et d’envie anormale de se tuer. Le vrai journal est dans ma conscience et c’est une pierre tombale triste, une parmi les pierres tombales qui ont enseveli ma vie. Quelqu’un a dit : “Qui a vécu plusieurs fois doit mourir plusieurs fois”. Phrase splendide, qui résume le terrible concept de la stupidité courroucée de l’homme qui ne conçoit pas les fautes des autres et tolère seulement les siennes.

Le rêve se lève souvent et marche sur ma tête comme un elfe, un tout petit elfe qui me dérange mais m’amuse aussi. Combien de rêves ai-je faits ! J’y ai vu quelquefois une lueur magique, il s’agissait parfois de rêves lourds comme des pierres posées dans le centre du cœur. Moi ces rêves je les ai tous acceptés : les formes me plaisent, qu’elles viennent ou non de l’inconscient. Si elles venaient de l’inconscient, j’en recherchais l’origine. Il s’agissait de toute façon de rêves magnifiques, pleins de couleurs, de rêves qui disaient “allez lève-toi ! la vie est belle ; elle est comme nous l’enseigne la nature, elle est toujours au-delà de l’angoisse”. Et alors je m’asseyais sur mon lit et les rêves disparaissaient et l’air pur du matin entrait et mon corps devenait une merveilleuse statue, la statue d’un guerrier prêt à combattre et à se battre pour sa propre journée.


.../...


Au nom de la pauvreté sont commis de nombreux délits. Le pauvre est envahissant et il fait des choses invraisemblables. Le pauvre se faufile sous les draps des autres. Un jour un médecin m’a dit : - Mais pourquoi avez-vous fait quatre enfants ? – Je lui ai répondu : - Parce que c’était facile et parce que j’avais du temps à perdre.
- Tant mieux pour vous, mais vous les avez ensuite confiés à l’assistance publique.
Alors je lui ai dit qu’il avait raison et que je les avais faits pour voler l’État. Le médecin y a cru et m’a incendiée du regard. J’aurais voulu lui dire que l’État m’avait opprimée et qu’il ne m’avait pas soignée et que j’avais dû pratiquement m’offrir à des personnes indécentes qui de plus avaient spéculé sur mes forces créatrices : je n’ai rien dit. Quand j’emmenais mes enfants à l’orphelinat parce que je devais me livrer aux asiles psychiatriques publics, je ne pleurais même pas : je devais le faire parce que j’étais pauvre. Et ainsi, je les livrais.

J’ai peur. Mais qu’est-ce que la peur ? C’est l’amour, c’est la poésie et tout ce qui élimine et absorbe. La peur est tout ce qui me tient prodigieusement abstraite de la vie. Quand je dis “ça me fait peur”, je veux dire que ça me pousse à la passion, et pourquoi je dis ça, je ne sais pas. C’est une façon comme une autre de confondre poésie et peur.


.../...



D é l i r e  a m o u r e u x / D e l i r i o  a m o r o s o
de Alda Merini
Traduction - Patricia DAO
Préface - Flaviano PISANELLI
Prix: 15 euros

Ouvrage publié et traduit avec le concours du Centre National du Livre

Pour commander ce livre s'adresser à
:

OXYBIA
Régis Daubin
12 rue des Roumègons - 06520 Magagnosc
Tél: 09.53.61.72.31 ou 06.76.96.96.67
e-mail:oxybia.free.fr

ou rendez-vous sur:
 http://oxybia.free.fr

Repères:
Biograhie/ Bibliographie de Alda Merini sur Wikipedia

Sur le site Amicalien: une introduction à l'oeuvre d'Alda Merini de Viviane Scampi et de nombreux poèmes d'Alda Merini traduits par Martin Rueff, Viviane Scampi, Patricia Dao et Flaviano Pisanelli.

samedi 7 janvier 2012

Mobilisation pour la poète colombienne Angye Gaona

Performance d'Angye Gaona


"Suenan las preguntas,
chasquidos en los tímpanos oficiales.
Se recuerdan los nombres hostigados,
los desmembrados insepultos,
ocultos bajo lodo impune.
Se avivan los nombres en las voces;
pueden derruirse los muros de las prisiones,
pueden tomarse los tronos,
se diluyen las fronteras,
si se invocan esos nombres.
Ningún arma, ninguna injuria, nada,
habrá de replicar esos nombres calcinantes
."

        Angye Gaona
        Extracto del poema Habla el volcán



"Les questions retentissent,
claquements dans les tympans officiels.
S’éveillent les noms harcelés,
les écartelés sans sépulture,
occultés sous la fange impunie.
Les noms se raniment dans les voix ;
les murs des prisons peuvent s’effondrer,
les trônes peuvent être pris,
les frontières se diluent,
si on invoque ces noms.
Aucune arme, aucun affront, rien,
ne devra répliquer à ces noms calcinants.
"

        Angye Gaona
        Extrait du poème Le volcan parle
        Traduction française de Pedro Vianna







Mobilisons-nous en toute urgence pour Angye


Nous ne sommes pas un Curriculum (C.V.).
Si nous sommes ce que nous faisons, la manière dont nous nous comportons et agissons se révèle essentielle pour qu'il n'y ai pas l'espace d'un cheveu entre ce que nous sommes et ce que nous faisons.
Nous sommes ce que nous vivons, sentons, disons, regardons, aimons,
pensons,  écrivons.
Nous sommes ce que nous donnons.
Nous sommes l'intensité de notre engagement pour la vie.
Nous sommes ce que nous rêvons.
Angye Gaona n'est pas non plus un curriculum. C’est une poète vibrante de vie. C'est un éclair d'innocence. Une force vitale, qui essaie d'aider à changer la vie, depuis la poésie qui l'habite.
Cependant vous trouverez ci-dessous son curriculum qui vous éclairera un peu sur sa personne, en attendant d'autres communications à suivre.  Cristina Castello

Mail de contact :  castello.cristina@gmail.com


Biographie abrégée de Angye Gaona

Angye Gaona (Bucaramanga, Colombie, 1980) poète colombien, membre de Prométhée et de l'équipe organisatrice du Festival International de Poésie de Medellín pendant cinq ans. Elle a créé en 2001, le premier Salon international de la poésie expérimentale. Elle est également sculptrice. Elle a produit des nombreuses émissions culturelles à la radio. Elle exerce des activités visant à promouvoir la poésie dans sa ville natale. Ses poèmes ont été inclus dans des anthologies et des publications imprimées ou électroniques en Colombie et dans de nombreux pays. Plus récemment, un choix de ses écrits a été inclus dans une anthologie de nouvelles voix de la poésie colombienne publiée par l'Université de Monterrey (Mexique).

En 2009, elle publie son premier livre: « Naissance volatile » (Natalia Rendón illustrations), et participe à la Rencontre internationale du  surréalisme, intitulée : «Le seuil secret » (Santiago, Chili), la plus grande exposition jamais organisée du mouvement surréaliste en Amérique latine.

En 2010, elle réalise le poème expérimental « Les fils du vent" » disponible sur le site: http://www.wix.com/viento/viento . Son travail a été partiellement traduit en français, catalan,  portugais et anglais. En 2011, elle a remporté le  Prix du Salon métropolitain des arts avec une performance intitulée « Regarde ».  En 2012,  elle devrait participer à l'Exposition internationale « Surréalisme 2012 » (Pennsylvanie, États-Unis), si elle n’est pas incarcérée d’ici-là.

Un Cahier Spécial bilingue lui sera consacré dans le prochain numéro (5) de la revue poétique  française « La Voix de Autres », à paraître en mars 2012

Défense d'Angye Gaona, poète colombienne

    A partir de maintenant, il est primordial que chacun d'entre nous veuille bien prendre une part active pour soutenir Angye Gaona avant le procès inique dont elle est l'objet. La situation d'Angye est gravissime comme vous pourrez le constater. En Janvier 2011, de retour du Venezuela où elle s'était rendue pour faire provision de livres, elle avait été interpellée puis incarcérée 4 mois dans une prison de haute sécurité sans avoir été jugée d'aucune manière pendant sa détention. Après une intense campagne de pétitions d'ampleur internationale, elle avait été mise en condition de liberté provisoire. toujours sans jugement. Depuis sa sortie de prison, le 20 mai 2011, elle est dans l'attente d'un début de procédure judiciaire contre elle, pour des délits arbitraires dont elle se trouverait accusée. Le procureur n'ayant toujours pas décidé ni éclairci les faits qui prouverait  un quelconque "acte de délinquance" aggravé par les accusations de "rébellion" et de "narcotrafic". Ainsi c'est dans un flou total que débutera, le 23 janvier prochain, son procès pour le moins arbitraire, dans la ville de Cathagène située à plus de 800kms de la ville où réside Angye et les témoins qui pourraient témoigner en sa faveur.  Sous le prétexte on ne peut plus hypocrite de manque de moyens financiers,  le tribunal a refusé de prendre en considération les déclarations des témoins.

    La vérité probante de cette histoire c'est qu'auparavant elle n'avait jamais cessé de dénoncer les assassinats et disparitions des opposants à l'état colombien perpétrés par les militaires, la police, les services secrets et autres escadrons de la mort, de soutenir, par le biais de ses interventions poétique et culturelles, en dépit des dangers que cela représentait  pour elle, les milliers de prisonniers politiques qui croupissent dans les prisons de son pays.  Si l'on ajoute à tout cela son engagement au grand jour dans la participation commune pour la constitution d'une organisation cohérente et solidaire en vue  de combattre la corruption "légalisée" qui gangrène la Colombie, il n'est pas bien difficile de comprendre pourquoi elle représente une menace pour les pouvoirs en place.  Ces derniers mois, elle a créée des lieux de rencontres et d'échanges interculturels avec les jeunes de sa ville. Bien qu'elle vive très pauvrement, ayant tout juste de quoi nourrir sa petite fille avec laquelle elle partage une pièce unique dans un quartier de Bucaramanga, sa ville  natale, où elle habite à cinquante kms de la frontière Vénézuélienne. Maintenant elle doit défendre son innocence dans un procès truqué par avance. Elle a un besoin urgent de notre aide. Elle encourt jusqu'à vingt ans de prison, voire pire. Que chacun diffuse à vitesse grand V ces informations, ainsi que les messages à venir.

Nous avons le devoir impératif de dénoncer que:
1° condamner à l'avance une poète pour trafic de drogue afin de la faire taire est une offense à la poésie
2° le "délit d'opinion" consistant en un acte de solidarité envers autrui et les siens ne saurait sous aucun prétexte être puni.


Cristina Castello, poète argentine vivant en France et amie d'Angye, lance un fervent appel de soutien à l'attention de la communauté internationale. Soyons conscient qu’en d'autres temps de sinistre mémoire, nous aurions très bien pu nous retrouver dans une situation similaire à la sienne. En Colombie la grande majorité de la population est complètement terrorisée par la répression sanglante et très peu d'individus n'osent afficher publiquement leur soutien par crainte des représailles.

Voici des liens vers quelques articles décrivant l'état des lieux:
http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=5935 (français)
http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=5878 (English)
http://www.es.lapluma.net/index.php?option=com_content&view=article&id=2613:colombia-banada-en-sangre-a-un-ano-de-santos-cifras-del-terror&catid=90:impunidad&Itemid=422 (espagnol)

    Si jamais vous avez des connaissances influentes, dans les domaines des arts, de la littérature, des droits de l'homme, de la politique, ou de la diplomatie...etc... alertez-les car le temps presse.
Nous avons besoin de vous tous.
Nous avons besoin de traducteurs, et de personnes relayant notre action tant en France qu'à l'étranger.

    Le procès débutera le 23 janvier et le verdict devrait être rendu au plus tard dans deux mois. Nous avons encore la chance dans notre pays (France) de ne pas subir la répression terrible sévissant en Colombie (appuyée par le tout-puissant gouvernement de la pseudo démocratie US), par conséquent soyons tous solidaires de cette femme, poète au demeurant très talentueuse, qui risque d'être condamnée avec trois autres personnes  _ une syndicaliste,  un étudiant et  un défenseur des Droits de l'Homme, eux-aussi, comme par hasard, inculpés des mêmes charges _ arrêtées, à quelques jours d'intervalles, en janvier 2011, avec toute l'infernale force répressive dont disposent les forces armées, comme s'il s'agissait de criminels notoires, pour évidemment servir d'exemple et intimider tout ce qui reste d'esprits libres en Colombie.

    Le seul crime véritable d'Angye Gaona est d'être poète et de ne pas approuver les exactions commises par son gouvernement, comme il nous arrive à nous aussi dans nos pays respectifs de le faire en France sans être inquiétés outre mesure, du moins jusqu'à maintenant....

    Selon son avocat, il y un deuxième chef-d'accusation qui  est venu s'ajouter au premier: celui de: "rébellion". Elle se retrouverait alors  doublement prise au piège dans la mesure où si elle demandait l'asile dans une ambassade étrangère, elle tomberait immédiatement sous le coup d'un mandat d'arrêt international pour narcotrafic. Pourtant, ce qu'elle désire avant tout, c'est de pouvoir rester dans son pays librement, en continuant de travailler dans le domaine de la culture. N'ayant pas beaucoup de ressources, elle a du opter pour l'aide juridictionnelle.

    A tous ceux qui ont encore assez de cœur et de cran pour défendre la liberté mise en péril, j'adresse ce message.
Il est grand temps de nous relier dans l'action, de mettre en pratique la solidarité qui n'est pas un état d'âme ni un confortable exercice de style philanthropique. Aujourd'hui, si l'on considère l'état général du monde, l'indignation, malléable à merci, ne suffit plus. Il est arrivé bien des fois que des poètes, quand ils n'ont pas été poussés au suicide, aient été condamnés ou proscrits (Hikmet, Lorca, Unamuno, Senac, Milosz, Laâbi et dernièrement Aung Than...) parce ce qu'ils      avaient de l'existence humaine une vision profonde, parce qu'il leur était inconcevable de se résigner à subir le joug des tyrans, de tolérer sans rien dire au monde la souffrance infligée au peuple terrorisé et surtout parce qu'il leur était impossible d'avilir la poésie avec la "bonne conscience moralisatrice" des laquais de service. 

    Angye Gaona en dépit des menaces qui l'enserrent, fait montre d'une témérité et d'une énergie peu communes: elle a décidé de se battre pour la cause commune dont la liberté d'expression est l'une des conditions fondamentales. Accordons-lui sans tarder un soutien sans faille en adressant une lettre postale à ses juges ainsi qu'un message par e-mail à l'ambassade de Colombie.de chaque pays concerné.
                                Fraternité à tous.

                                        André Chenet


Angy et Azalea, sa petite fille âgée de 6 ans



Modèle de courrier à adresser au juge
. A chacun de l'adapter à sa façon:


Juez de conocimiento
Centro de Servicios
Juzgado Único Penal Del Circuito Especializado De Cartagena Adjunto
Centro Barrio San Diego, Calle De La Cruz No 9-42, Antiguo Colegio Panamericano
2º Piso
Cartagena de Indias
Colombie
________________________________________

Nom
Adresse
Ville, Pays
adresse du site (facultatif)


                 Réf / Radicación o SPOA ES. 13001-60-01129-2009-02149-00


    Monsieur le juge,

                                     
    En tant que citoyen du monde, attaché aux libertés des peuples, j’ai décidé en mon âme et conscience de vous faire parvenir ce courrier dans le but de vous prévenir de ma vigilance en ce qui concerne le cas et le jugement de Angye Gaona, poète colombienne.
    Je suis bien certain que vous ne jugerez pas en cette affaire une femme trafiquant de drogues mais bien une « contrebandière » de mots et de poésie, consciente des dérives des droits de l’être humain dans son pays.
    En son nom, je vous demanderai de faire preuve d’équanimité et de raison, malgré les pressions politiques.
    Sa poésie ainsi que la modestie de ses conditions d’existence traduisent son innocence, mieux que ne saurait le faire n’importe quel avocat. Il se pourrait que son seul délit consiste justement de dire la vérité à travers son œuvre poétique.
    Il me paraît essentiel pour la communauté colombienne que soient respectées la vie et la liberté de ses poètes, qui sont un peu l’âme de son peuple.
    En espérant, Monsieur le juge, que vous serez le garant d’un procès équitable qui fera honneur aux institutions de la Colombie, je vous prie d’agréer l’expression de tout mon respect,

                                        Signature





Angye _ Performance clémente




Après avoir posté cette lettre (avec une copie par e-mail à l'ambassade de Colombie), nous vous demandons de nous le faire savoir par message électronique adressé à Cristina Castello:
- castello.cristina@gmail.com

Adresse e-mail du Consulat de Colombie en France
:
eparis@cancilleria.gov.co
 

et pour connaître les suites de cette affaire vous pouvez consulter les espaces internet suivants:
http://les-risques-du-journalisme.over-blog.com/  (Rubrique:  Liberté pour Angye Gaona)
- http://libertesconquises.blogspot.com/  (Rubrique:  Angye Gaona)
- http://poesiedanger.blogspot.com/2012/01/mobilisation-pour-la-poete-colombienne.html (Rubrique:  Angye Gaona, dans le sommaire à droite)

Le site polyglotte Facebook de soutien à Angye Gaona:
ANGYE GAONA - ESTUDIANTE UIS DETENIDA:
http://www.facebook.com/groups/124203477649040/?ref=ts

dimanche 1 janvier 2012

Poésie passante

"La poésie se transmet par les poètes depuis la nuit des temps d'abord à l'oral, ensuite imprimée sur papier, et maintenant, elle se transmet par les ondes sur un support numérique. Faut-il ajouter que la poésie a retrouvé ses lettres de noblesse par Internet en très peu de temps ? Le temps de prendre le temps de la découvrir et de la lire comme une parole partagée en libre accès sur le Net.





Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.


Huguette Bertrand, écrivaine et poète québécoise est née à Sherbrooke au Québec.
Après avoir œuvré et circulé durant douze ans sur la voie traditionnelle dans le milieu de la poésie au Québec, Huguette Bertrand a fait un virage technologique en 1996 en n'utilisant plus que l'Internet pour la création et la diffusion de ses ouvrages de poésie qui se sont accumulés depuis sur son site « Espace Poétique ».
Au fil de leur création depuis 1997, tous ses ouvrages de poésie en version numérique ont été déposés dans la collection électronique de Bibliothèque et Archives Canada, [1] dont la version imprimée de chacun de ses 17 ouvrages de poésie figurent également au répertoire Canadiana ainsi qu'au répertoire de la Bibliothèque nationale du Québec.
De plus, douze de ses ouvrages sont également accessibles gratuitement dans leur intégralité en version .txt et html dans la bibliothèque virtuelle « Project Gutenberg » USA. Ces mêmes ouvrages ont été récupérés et accessibles pour aveugles en version BRF et Daisy sur Bookshare, ainsi qu'en format Pdf dans la bibliothèque virtuelle Bookyards.
Dans « Doing Gender - Franco-Canadian Women Writers of the 1990s », Fairleigh Dickinson University Press, Madison, N.J., USA, octobre 2001, 396 p., on la présente sous « Huguette Bertrand : "Internaute" - Pioneer Poet ». En parcourant le site officiel de l'auteure, on pourra constater que l'Internet fut pour celle-ci la voie royale pour la poésie qu'elle présente dans un espace d'échange avec autrui qui rime avec gratuit !


"L'écriture est au centre, comme une vie essentielle, obstinée. Écrire place la poète dans une relation au monde qui se dégage de l'anecdote et se fait construction même de ce monde.
Créatrice, elle est donc en poésie ce que le sens est à la langue : un cœur. Les images sont les truchements de la pensée, on les suit pied à pied jusqu'à la révélation de l'être qui nous ressemble en son humanité. Pourquoi, autrement, me montrerai-je si enthousiaste ?
Je suis partiale ? Ce n'est pas un mal. Car il n'y a pas qu'une relation au monde, dans la poésie de Huguette Bertrand. Il y a aussi des idées, une recherche formelle, esthétique. Tout cela me retient. Il y a une aspiration à la liberté, au respect. Il y a du désespoir devant l'impossible dialogue, devant la surdité de l'Autre, le silence des autres, l'indifférence. Il y a toutes ces choses qui nous ancrent ici et maintenant dans tout ce que ça a de difficile, souvent.
"
Leïla Zhour, extrait de "Huguette Bertrand et l'espace poétique : la place de l'essentiel"
Source: http://ecrits-vains.com/projecteurs/huguette_bertrand.htm



BIBLIOGRAPHIE: Espace perdu, Éditions Naaman, 1985 Par la peau du cri, Écrits des Forges, 1988 Anatomie du mouvement, Éditions En Marge, 1991 La mort amoureuse, Éditions En Marge, 1993 Silence en Otage, Éditions En Marge, 1993 Rouge mémoire, Éditions En Marge, 1995 Jusqu'à l'extrême regard, Éditions En Marge, 1997 Les visages du Temps, Éditions En Marge, octobre 1999 Entre la chair et l'âme, Éditions En Marge, mars 2000 Strates amoureuses, Éditions En Marge, mars 2000 Mots rouge espoir, Éditions En Marge, mars 2000 Ascension du désir, Éditions En Marge, octobre 2000 Dans le fondu des mots, Éditions En Marge, mars 2001 Entre l'ombre et la lumière, Éditions En Marge, septembre 2001 Sculptures et Poésie, (Bertrand/Bigata/Gautier), Éditions En Marge, octobre 2001 L’Inédite, poésie,  Anarchipel, poésie,  Poésie 1999-2005, Éditions En Marge, La poésie se mange crue, Éditions en Marges.

Tous les livres de  l'auteure accessibles accessibles sur :
- http://www.espacepoetique.com/Lecture/tournee.html


"Et si le doigt appuyait sur le désir
les espaces numériques pourraient rejoindre le rêve
pour assouplir les gestes conciliable
s"

Huguette Bertrand

In "La poésie se mange crue", 2010


Sur la voie commerciale de l'édition, il y a beaucoup d'appelés et peu d'élus. La technologie Internet étant à ma disposition, je l'ai exploitée et j'ai bien vu que ce média était le moyen le plus approprié pour la diffusion et la découverte de la poésie.
Depuis l'accessibilité à l'Internet, nous avons maintenant deux voies de diffusion pour la poésie : l'une commerciale, l'autre gratuite. Sur la voie commerciale, les poètes reçoivent très peu de dividendes et sont peu lus, même les plus connus, tandis que sur le Web les poètes ne reçoivent aucun dividende mais peuvent être découverts et lus autour du globe.
L'édition sur Internet permet aussi des échanges avec des lectrices et lecteurs qui arrivent par courriel des quatre coins de la planète, ce qui crée des interactions enrichissantes qui en viennent à stimuler la création. 
La poésie se transmet par les poètes depuis la nuit des temps d'abord à l'oral, ensuite imprimée sur papier, et maintenant, elle se transmet par les ondes sur un support numérique.
Loin de dénigrer le livre, car tous mes recueils sont édités en livre dès que chacun est complété sur mon site web, je considère que les deux voies éditoriales peuvent cohabiter et même se soutenir l'une l'autre à une condition : Qu'on cesse d'avoir peur à ses droits d'auteur. Qui risque rien n'a rien et j'ajoute que c'est petit à petit que l'oiseau fait son nid dans le gratuit tout nu tout lu !

Huguette Bertrand



CHOIX de POÈMES:




    AU BOUT DU CRI


Au bout du cri
ce bruissement des fièvres
dans ma chambre aménagée de grenailles
et coupes anciennes

la tournée des siècles
le sang indigène des vieux morts abandonnés
la passion malmenée par une nuitée de pas

l'oeil au-dessus des villes brûlantes
le mouvement graffitique


*  *  *


Très haut
surgit une écriture difforme

le nerf couve les mots insolites

éruption de l'ivresse
au creux du poing solaire
la foudre vaincue
au visage de l'interdit

l'illusion en désordre
la fougue poursuit les pas de l'émue
vers le soir enragé


*  *  *


Jusqu'à la démesure
cette marche neuve
comme un ventre vide
invite l'inattendu
aux bras d'une saison

ployé au souffle
d'une flamme imprudente
la mot grince
sur le siège d'un doute
l'éclosion du verbe
dans la souillure des encres



*  *  *


À quoi sert
rapprocher des mots
d'ambiance discrète
telle lenteur de pluie fine

d'un épouvantable cri
ce geste tend à mourir
près d'une folie d'automne


*  *  *


Aux tendons de l'image
la lumière s'accomplit
confond la fleur et le roseau
le trait d'herbe
et la danse de l'arbre
la puissance de l'eau
et le chant des mutins

l'urgence du cri
l'inquiétude des murs
pour la fuite gelée dans un fruit

l'étrangeté murmure des mortels à profusion
au musée de temps chauve


*  *  *


Sur l'eau du chagrin
les imperfections ont une envie de voyage
dans l'esprit du texte

longtemps
le suc de la blessure
du genre royal
ce quelque chose d'yeux maladifs
l'impression d'un navire à la dérive

sous les pieds des chimères
les sottises
l'imposture
près d'un lampadaire
jouent du tombeau


*  *  *


Du déhanchement de la mer
déferle une étreinte
sur la grève
enroulée

trempée à l'os
la chair délinquante parle de douceur
le fer
vif sur l'éclair
conserve l'objet du soir achevé

perpétuellement remuée
la voilure aux paupières s'empourpre
et le phare savoure
le velours de l'oeil chaud

son teint de sel
le jet noir
la mer s'épuise


*  *  *


Au coeur d'une lampe
rampe la froidure
et son reflet inspire le temps au vague

la vie retire les pulsations opaques
aux pores de la pensée
attise le jour défait
en miettes de temps
pour l'oiseau affamé

la lampe en émeute
frissonne dans le creuset des nuits
ses ailes
rouillées au chant de chair


*  *  *


Faut-il brûler nos amants
en étincelles
sur nos mains pâles
comme des encens sur d'étranges pierres

ce rituel secret
d'un trait m'entraîne
vers de grandes chambres usées de cris mâles
et mes idoles du bout de l'onde
gisent étonnées
dans la sève du jour


*  *  *


Place du retour
un sourire secoue ses hanches
au bord d'une larme immense
électrise les neurones
les hormones
au bout d'un cri efficace

le feu brûle bleu
secoue la cage grise
crève la chaleur

et ça recommence
la chanson
la semence
la noirceur plein les bras
à l'ombre d'un pommier



In "PAR LAPEAU DU CRI"
Écrits des Forges, Trois-Rivières (Québec) Canada
coll. ROUGES-GORGES, no 58
Dépôt légal / Deuxième trimestre 1988







    CYCLES AMOUREUX

Sous les crocs du soir
les ventres amoureux
profanent
le corps dépecé du silence 

ils palpent l'attente
jusqu'aux heures affolantes 

du respir



derrière le tableau 

les battements de la forme
taire l'inconnu 

cet échappé de la main 



ça meurt toujours 

à l'opposé d'un écho 

quand le coeur s'enfonce dans l'absence
sous les orages de silences
et le tue-mouches

le temps se rupture
et le corps vole en éclats
sa respiration sous les arbres 

comme un objet sans repos 

devenu végétal 



assises sur le monde 

les amours lentes 

greffées à nos tempes 

s'éloignent comme des vierges ensemencées 

vers le chaud mélange du ciel 

entre l'extase
et son reflet



condamnées 

elles s'offrent jusqu'aux larmes
des cinémas



puis vint le délire 

puis la mort 

restituée 

une dernière fois dans l'haleine
comme un tout rassemblé 



promise au désert 

la vie génitale 

commande des toasts 

et du café 

se noie dans toutes les directions 

en laissant tomber ses fruits



mais au pied du lit 

il y a des novembres 

abandonnés à la pluie 

l'alchimie d'une chanson 

bleu-or 

et la porte de la mémoire
toujours fermée 

quand c'est nécessaire



cet effeuillage discret de l'automne

s'achèvera
dès que la paume

aura tué le frisson

sur la peau ornementale des filles

qui grignotent la passion

dans l'instantané des amants

soûls
leurs hanches
gravées dans le calcaire 

aux mille glissements de coeur 

éclatés dans l'oeuf

le corps baisé
en saumure poétique 

se fane vite et ras 

dans le remous des défroques 

et du lancer léger



sans sourciller 

le midi mange-tout annonce des mots
des nymphes
et des moustiques 

pour les cas d'après-midi 

comme si les oreillers étaient en manque 

sur les draps propres 

des amours empesées


enroulée dans le miel triste
et la plume d'oie
la peau chic 

hume les bières d'espèces 

en poursuivant les fossoyeurs
jusqu'au dix-huitième trou



ce dernier cratère amoureux 

de la chair embrasse 

à coups d'épée dans la poussière
le cri neuf 

définitif 



malgré ce discours 

cet espace blanc 

et tout ce remplissage du silence 

qu'on verse sur le père
la mère les enfants
il y a mémère dans la dramaturgie 

ordonnée
multipliée par l'espace-temps

on la retrouve en double 

en triple 

en quadrimoteur 

sur les ailes du langage
elle flotte 

sur la masse totale du poème 

étriquée



devant cette affiche en folie 

il a failli faire noir 

mais de parole en parole 

on s'est trompé de rue
puis on a marché sur des trous
mous 

en faisant claquer nos doigts
dans l'oreille des sourds



le bec en cul d'poule 

on retourne au salon 

l'instant d'une révolte
conservée dans la bienséance



à télé-Douceur
passe-moi le beurre 

du bonheur des morts apaisés 

et le popcorn 



viens 

on va faire la moue ensemble 

dans un coin d'ombre
et puis on se promènera 

dans la moiteur des yeux 

sans personne pour nous moucher



on investira le pont d'argile 

et on tassera nos vieilles peurs 

dans le courant de l'année
sans interrompre
les pigeons dans les beaux draps 

de soie 

pour le plaisir des mains 

et le désir encore 



il n'y a rien d'inquiétant 

quand la chambre est assoupie
et que ses effluves aspergent 

les corps endormis



le chatoiement de la brise sur la peau
grise les spasmes 

et la dentelle des rideaux

comme un vieux fantôme rabougri 

le songe 

songe 

il rafle le sommeil 

et tout recommence 



de mémoire distraite 

on redessine le corps 

qu'on range dans l'armoire 

sous une pile de secrets 

rapiécés
que le temps renifle 

en l'absence du poids des lettres 

et des mots cachés

il ne reste plus qu'à disparaître 

dans les noirceurs
et les idées 

puis à éteindre ce poème 

dans le cendrier


In "Anatomie du mouvement"
© Éditions En Marge et Huguette Bertrand
Bibliothèque nationale du Québec
Bibliothèque nationale du Canada






    SYNCHRONISME

Les nuits sont rouges
comme une masse de soleil fondu

paresseusement
le lit dévore les multiples visages
de satin rose
que le jour a saccagés

le flot des corps s'épuise
sur le sable fin
des nuits endormies

la lumière secoue ses ailes
et nous nous réveillons tous
en même temps



*  *  *


    HASARD

Le ciel
chargé de blessures
a suivi la trace de nos silences
sans mesurer l'immensité de l'oeil
qui le regardait

sur le banc du quotidien
les dés jouent au hasard
et demain n'aura pas lieu



*  *  *



    ESPOIRS DÉMODÉS

Déroulez le tapis vert quand j'espère
que vous serez au rendez-vous
des musiques
des prières
et de l'amour en masse
pour la nouvelle année qui s'achève
dans la désinvolture des guerres
des bric-à-brac
et des j'en passe par-dessus la tête des voeux
présentés l'année dernière
lors d'un cocktail Molotov
et ses petits fours
crématoires
servis à l'ancienne
comme un malheur qui marche à pas feutrés
devant les gares de la pitié
et les files d'attente

les ruines se vengent



In "ROUGE MÉMOIRE"
Écrits des Forges, Trois-Rivières (Québec) Canada
coll. ROUGES-GORGES, no 58
Dépôt légal / Deuxième trimestre 1988


           

VOIX, poème traduit et paru sur la page culturelle dédiée à "la poésie contre la guerre", du journal
« AN-NAHAR », Liban, 4 mars 2003 - http:/www.annahar.com.lb/


En hommage à l'Égypte en devenir, et tous les autres à venir...




V O I X






    V O I X


Quand le monde s'endort
j'ai mal à mes pareils
à leurs amours échevelées

au milieu de leurs affaires

leurs pieds bien engagés

dans une mare juridique
j'ai mal à leurs valises
autour du globe

ces habitués des solitudes

leurs fuites au noir

dans le jaune de l'histoire
ces verts-de-gris qui jasent
dans le blanc des jours

j'ai mal au pouvoir éhonté de leurs mains

quand tout se passe

comme si de rien n'était
j'ai mal oui j'ai mal

quand la nuit poursuit ses enfants trop sales
cachés dans le ventre des villes
leur table dépourvue de sens
oui j'ai mal à leurs seringues
aux vendanges trouées de leurs bras

spécimens des téléthons

petites monnaies
quand j'enrage
j'ai mal oui j'ai mal

quand sonnent les bourdons
du corps évidé des églises

j'ai mal aussi oui j'ai mal à vos absences

j'ai mal à mon désir 

quand la pluie me pousse 

vers les abîmes de mon corps
suspendu aux vôtres 
j'ai mal à vos silences

ces intervalles prolongés entre vos mots
ces silences comme un souffle 

qui perdure à l'entrée de mon âme 

débordée par ce feu toujours lancinant
accompagnement de l'être

quand tout veut basculer

dans le néant

j'ai mal à ce qui remplit 
le coeur de mes pareils
comme une voix qui monte

pour dire

j'ai mal

Huguette Bertrand - 1996 (Canada)