Deuxième tableau : le travail
Mais échapper à la folie,
ne pas attendre la sagesse pour créer
jour après jour
le Jardin des Délices où l’on se promène nus.
le jardin des délices
Une fois abattu le premier rempart
Déjoué l’esclavage du travail obligatoire,
je découvris
enfin,
les délices du “ne rien devoir faire”.
“La semaine des quat’ jeudis et des trois dimanches”
comme ils disent.
Je n’en ai pas eu peur,
il n’était pas trop tard.
La promenade était belle,
habitée de désir
mais je constatai que
- si l’ennui n’existait pas -
la misère était grande.
et que
là même où je croyais avoir atteint l’inutile,
déjoué l’esclavage du travail obligatoire,
la contrainte était là, encore
plus dure et plus insupportable encore,
dans l’amère
l’impérieuse
nécessité du Faire
que le temps du regard n’avait rendue que plus aiguë.
*
Je n’étais pas guérie, je n’étais pas calmée.
Pour moi, tout aurait dû vivre
par toi, par vous, par eux
- par l’autre, par les autres -
auxquels je consacrais la plus grande partie
de mes terrains de jeux.
Je savais que jamais
la communication par l’alchimie du verbe,
la vibration maîtrisée des sons et des couleurs,
la projection d’un rêve sur le mur glacé des écrans,
n’auraient la réalité drue, poétique,flamboyante,
des actes mêmes de la vie.
Que jamais
la pensée critique
ne sublimerait la critique en actes.
M’ôter du ventre la tripe qui l’empoisonne.
Maîtriser l’ivresse magique de la lucidité
pour ne pas y perdre le sens
- simple -
d’une évidente santé mentale
C’était ça la nécessité du faire,
c’était ça la nécessité de créer
*
Créer,
puissance fragile
acte public et solitaire
trou positif
au décor saccagé de la vie.
*
Pas n’importe comment…
Car il est dangereux
de troubler le sommeil des villes
empoisonnées
par le nectar des Brutes.
*
Mais ne rien faire
merveille de ne rien faire de tout cela.
Balayer du grand souffle de nos millions de rêves
étouffés, méprisés, raisonnés et tordus
ce poison de misère
qui nous force à créer
là même où l’on croyait avoir atteint l’inutile,
déjoué l’esclavage du travail obligatoire
.
Cela – seul - ne suffisait pas
qui fut pourtant une des plus merveilleuses invites
à un travail vivant sur la chair même des jours,
toute entière en mouvance
toute entière dénouée
devenue corps du rêve
où je puis te rejoindre
et t’aimer.
*
Seule,la fête est amère.
(Prochainement, le troisième et dernier tableau)
Quand l'Obéissance est Devenue Impossible
(Le Krill éditeur en co-édition avec les éditions de la Différence)
(Le Krill éditeur en co-édition avec les éditions de la Différence)



