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| Dom Corrieras, autoportrait |
L'homme tout gris
Je suis l'homme tout gris
simple effaceur de ciel
brocanteur de folies
je tranche mes oreilles
dans la nuit creuse des forêts
On m'appelle homme tout gris
à la rescousse de pauvres perles
pour égayer des hirondelles
au cou des océans
Je chante pour les veuves
des pastourelles anachroniques
J'écris sur des dentelles
des petits cris d'oiseaux
Je sculpte des olives
dans les prunelles vives
d'amantes en jupettes
C'est moi l'homme tout gris
Poussant toujours sa peine
dans la brouette d'or
sur le chemin des écoliers
près des rives détruites
de rivières en fusion
Je suis l'homme tout gris
en piano à bretelles
la barbe en déraison
Je marche sur mes ongles
sale ivrogne et bossu
de moi les enfants rient
et même les chameaux de cirque
J'ai mis mes larmes au frais
Dans un grand seau à glace
posé en équilibre
au bord de la margelle
de ta menue fenêtre.
Et si tu sens le vent
piquer sous tes semelles
Moi le vilain tout gris
Je finirai en flammes
homme tout nu tout blanc
errant et délirant
moi l'ancien homme gris
homme tout nu tout blanc
dans la chaleur ardente
et l'ombre inouïe fragile
d'une éternelle boîte aux lettres.
***
Ce sera grande nuit
Y’aura trois échafauds
Le premier sera bleu
Blanc sera le deuxième
Et le troisième sera rouge
Ce sera grande nuit
Au bout du port
Un arrêt de bus
Marie-Madeleine
Te tapera de deux euros
Pour aller boire du vin blanc
Avec sa bande de mendiants
Ce sera grande nuit
Y’aura une petite église
Et tout là-haut sur son clocher
Une grande pendule toute dorée
Pour toi la lune aussi haut
Que tu l’aimais
Y’aura trois échafauds
Le premier sera bleu
Blanc sera le deuxième
Et le troisième sera rouge
Ce sera grande nuit
Si haut là-haut
Que tu l’aimais
Marie-Madeleine qui te disait
Pour toi si haut là-haut
Trois échafauds
Le premier sera bleu
Blanc sera le deuxième
Et le troisième sera rouge
Ce sera grande nuit
Une grande pendule toute dorée
Toutes les têtes vont tomber
Celles des amants c’est mérité
Si haut là-haut
Que tu l’aimais
La grande nuit
Qui te prenait
Y’aura trois échafauds
Ce sera grande nuit
Au bout du port
Marie-Madeleine
Te tapera de deux euros
Pour aller boire du vin blanc
Avec sa bande de mendiants
Y’aura un arrêt de bus
Une toute petite église
La lune trois échafauds
Le premier sera bleu
Blanc sera le deuxième
Et le troisième sera rouge
***
Ciel d'Aquitaine
peinturlure peinturlute
lire-lon-lère
lire-lon-la
peinturlurée délayée
la mienne cette peine
lire-lon-lène
mon immense peine
fait de si beaux
de si immenses tableaux
dans cet immense ciel
l'immense ciel d'Aquitaine
lire-lon-lène
lira-t-on
la
peinturlure peinturlute
lire-lon-lère
lire-lon-la
peinturlurée délayée
la mienne cette peine
lire-lon-lène
mon immense peine
fait de si beaux
de si immenses tableaux
que c'est immense joie
dans cet immense ciel
l'immense ciel d'Aquitaine
lire-lon-lène
lira-t-on la
que c'est immense joie
que cette immense peine
dans cet immense ciel
l'immense ciel d'Aquitaine
lire-lon-lène
lira-t-on la
***
Les chiens
Je voyais le soir courir les chiens
Aux quatre coins de ma mémoire
En habit verts se tenant la main
Chantaient la gloire du vin des morts
La mer ne tenait plus ses bateaux
De vives voix sous les ombrages
Chahutaient les vieilles filles allongées
Noyées vierges et fières d'anarchie
Je rêvais nouveau big-bang à petit feu
L'opium souriant faisait tendresse
Un ange-roi qu'on nommait serpent
Décapitait mes idoles en sucre d'orge
Endormi calme extasié sous la lampe
J'imaginais cataleptiques les espoirs
Du cygne blanc en élans exponentiels
Vers les labelles molles d'une pieuvre
Se dissoudre ici c'est plutôt bien
Sifflaient les chiens en traversant
Le fossé boueux qui faisait lien
Entre un grouillant réel et le néant
***
Abire, abeo
"Uns sols dias me dura cen."
Bernart de Ventadour / Chantars no pot.
"Un seul jour me dure cent."
Abire, abeo
Ainsi tu t'en iras
Comme toujours sur la route
offert à la fonte de l'horizon
sans mesurer les ombres
dans le tintement des semelles
le bourdonnement du goudron
Adagio, ada
Savoir parler lentement
assis près de la parole fraîche
de nos ancêtres occitans
que chantaient-ils notre roman
de tolérance et de rires insolents
leurs clairs reflets sous la rosée
Apax, aparté
Bruisse un ruisseau d'arguments
soliloque libéré des flammes
dans la brûlure des talons
aspirons ce brin d'inspiration
à l'ocre mauve des vignes
à l'ourlet des herbes jaunies
où se terre le cri du crapaud
Anima, almicantarat
Cercle céleste dans l'almanach
caillou lustré pour la mémoire
dans l'alchimie du verbe d'encre
l'obscur infini des solitudes
la sueur sur ta peau première
glisse en incisant le temps
***
Frère Chameau
Nous avons des frères chevaux
des chansons des oiseaux
Moi j'ai un frère chameau
qui porte sa montagne sur mon dos
Il faudra aussi suspendre
des chauve-souris
au grenier de ta gorge
pour irriguer les cantiques
d'astéroïdes de traverse
aux yeux des nuits sans soucis
Nous avons des sœurs volantes
des cascades des aubes de lilas
Moi j'ai une frangine atomique
qui brûle son latin sur ma langue
Il faudra aussi promener
des chiens de chiffon
sur les drakkars de notre angoisse
pour noyer les longues rives
des chevelures d'océan
dans le brouillon du vide
Nous avons des maisons légères
des lits des boîtes à musique
Moi j'ai une cabane de bois
qui couve sa flamme sur mes doigts
Il faudra aussi ravauder
les bagues des mouches
au soleil des pitres dans le couchant
pour une dernière fois se tordre
autour de la taille matrice
d'un halo de rêves coruscants
Nous avons des mots fariboles
des carmagnoles de révoltes
Moi j'ai le franc-parler des idiots
qui tendent leur cœur sur mon arc
Il faudra encore aller verser
du miel au bord des chemins
dans l'attente du nouveau voyage
sous l'immense calotte cabossée
où s'endort la glaciale tarentelle
dans les débris de nos vies
Dom Corrieras
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| Les deux derniers recueils-miroirs de Dom Corrieras |
Photos: Dom Corrieras
Le site: Dom Corrieras
... Et un dernier pour la route:
Le pèlerin dépenaillé
A la bonne étoile
J’ai couché mes rêves
D’un dernier baiser
Dans l’herbe fraîche
A la bonne heure
Et la rosée de l’ornière
J’ai cédé ma vie
Pour solde de tout compte
Au premier destin venu
Dire qu’il faisait nuit
Comme en plein songe
Ne serait que stricte vérité
Promeneur d’ancienne exode
Le pèlerin dépenaillé
Celui-ci qui venait
Prêchait toute volonté détruite
Au bon vent sifflotant
A la va comme je te pousse
Je lui ai remis les clés
Mes pesantes chaînes de mémoire
Dire qu’il faisait jour
Comme pleine lumière d’amour
Ne serait que sotte vanité
L’étrange invisible échelle
Se dresse en nous sans appel
Et l’on oublie la gravité
Comme toute néfaste attraction
Au chant du coq
Au bal des boueux en bleus
Il y a toujours
Un connard qui klaxonne
Une pute qui fredonne
Ses escarpins battant claquette
Sur l’ombre ruisselante
D’un matin assassin
Dire qu’il était temps
Comme s’il s’agissait en soi d’une fin
Ne serait qu’abus d’espérance
Tant et si bien que cette lune
Exilée d’un regard de folle
Ne vienne s’asseoir à ton chevet
Caresser ton souffle et gémir
A la furie du fleuve où s’effiloche
L’image de tes regrets
La peau grainée d’autres galets
A la claire fontaine
J’ai craché sous le fer
De mes bottes
S’en allant promener
Ni l’herbe fraîche
Ni la rosée de l’ornière
D’un matin assassin
Comme jour pleine lumière d’amour
Comme nuit en plein songe
Comme toute néfaste attraction
Il y a toujours
Un connard qui klaxonne
Une pute qui fredonne
Ses escarpins battant claquette
Et l’on oublie la gravité
Au premier destin venu
Je lui ai remis les clés
L’étrange invisible échelle
Mes pesantes chaînes de mémoire
Pour solde de tout compte
J’ai cédé ma vie
A la bonne heure
A la va comme je te pousse
Au bon vent sifflotant
Tant et si bien que cette lune
Ne serait que stricte vérité
J’ai couché mes rêves
D’un dernier baiser
A celui-ci qui venait
Le pèlerin dépenaillé
Dom Corrieras



